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Les racines aériennes


Il y a des plantes qui défient les évidences. Les orchidées, par exemple. Elles n’ont pas besoin de s’enfoncer dans la terre pour exister. Leurs racines se tendent dans l’air, s’accrochent à presque rien, se nourrissent d’humidité, de lumière, d’un souffle invisible que l’on ne voit pas. Et pourtant, elles tiennent. Elles fleurissent même, dans une fragilité qui semble impossible et qui pourtant dure.


En parlant un jour de ma vie, j’ai expliqué que je n’avais pas de « vraie » maison. Pas cette maison stable, définitive, rassurante, qui enracine une existence et la protège des secousses. J’ai pensé aux orchidées, à leurs racines aériennes. Et je me suis dit : peut-être que certaines personnes sont faites pour vivre ainsi. Pas moins solides, pas moins entières, simplement différentes.


Nous sommes nombreux à traverser ces zones suspendues où rien ne semble tenir. Des déménagements, des expatriations, des changements de travail, des séparations, des recommencements. Ces moments où les repères se dérobent, où l’on flotte entre deux eaux. Cela peut être effrayant, comme si rien n’était sûr, comme si l’on risquait de tomber à chaque instant. Mais c’est aussi une autre manière de s’ancrer : dans l’air, dans le mouvement, dans l’invisible.


Vivre avec des racines aériennes, ce n’est pas renoncer à la stabilité. C’est apprendre à puiser sa force ailleurs : dans une conversation, dans un projet qui germe, dans la confiance en soi, dans la certitude qu’on peut se réinventer. Les racines aériennes se nourrissent de ce qu’elles trouvent sur leur chemin : un peu de lumière, un peu d’eau, un peu de chaleur humaine. Elles ne s’attachent pas à une terre unique, mais elles savent absorber la vie partout où elle se présente.


Et si cette manière d’être n’était pas une fragilité, mais une forme de liberté?

Peut-être que les racines aériennes rappellent que l’essentiel n’est pas toujours sous terre, enfoui et invisible, mais dans l’espace autour de nous, dans ce qui circule, ce qui passe, ce qui relie.


Alors oui, certains construisent leur vie dans une maison solide, une terre stable, un lieu qui les ancre. Et d’autres, comme les orchidées, apprennent à s’épanouir dans l’air. Entre deux eaux, entre deux terres, entre deux vies, ils trouvent leur façon de respirer et de fleurir.

 
 
 

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